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dimanche 28 février 2016

Logo-Rallye 18 : Abribus




La suite de nos aventures (texte précédent : Déclaration) a été écrite d'après les mots proposés suivants : Carnaval, Godivisme, Jujube, Langue, Prévarication, Prêtre, Abscisse, Nubile, Spi, Sirop d'érable, Couchette, Proprioceptif.


Quand Célestine ouvrit les yeux, elle ne comprit pas trop ce qui venait de se passer. Son cœur battait à tout rompre et elle avait sur la langue un goût sucré de baiser, le meilleur qu'elle eût jamais échangé. 

Jean-Philémon avait le cœur gonflé comme un spi au portant. Il gardait les yeux fermés, savourant cet instant le plus longtemps possible. Il était à la fois heureux et excité. La dernière fois qu'il s'était senti aussi transporté, il voyageait de nuit en ferry entre la Corse et le continent. Il se souvint de cet émoi vécu sur sa couchette, après avoir rêvé qu'une nubile damoiselle nue chevauchant un blanc étalon, la poitrine gonflée et sautillante de ce godivisme éhonté, plongeait dans ses bras dès sa course terminée. Il soupira d'aise et se résolut à ouvrir les yeux. En baillant Il se leva et se dirigea vers la douche. Décidément, ses songes étaient le terrain de tous ses fantasmes ! Mais tout de même, quelle femme ! Quel baiser !

Célestine, reprit ses esprits et s'étira en grognant. Quelle aventure ! Quel prince charmant ! Mais quel carnaval aussi ! Elle n'avait jamais rêvé de choses aussi fantasques ! Non mais qu'est-ce que c'était que ce truc bidule mangeur d'humains ? Où allait-elle chercher tout ça ? Ca avait eu l'air si réel en plus. Et... quel baiser ! Ah, ça, si elle trouvait un homme comme celui-là, elle lui passerait volontiers la bague au doigt !
Elle se traîna hors du lit, prit une douche et fila dans la cuisine. Après avoir petit-déjeuné de gaufres au sirop d'érable et de céréales au jujube, enfilé son t-shirt fétiche avec un ballon de basket imprimé au niveau de la poitrine, un jean et des tennis, elle chaussa ses lunettes de soleil et décida de partir prendre un café sur une terrasse de café ensoleillée où elle pourrait tranquillement bouquiner. 

En buvant son déca, Jean-Philémon entendait les nouvelles radiophoniques d'une oreille distraite. Ce scandale politique et ces dirigeants inculpés de prévarication n'avait à son goût tellement pas d'importance à côté du souvenir que cette femme, certes onirique mais tellement incroyable, lui avait laissé après cette nuit mouvementée. Satan, de son côté, couinait depuis quelques minutes, sa laisse dans la gueule en attendant que son maître veuille bien se décider à le promener et, ne le voyant pas bouger, aboya un grand coup pour le réveiller. A croire que c'est ce dont Jean-Phil avait besoin car il sembla sortir de sa rêverie. En éteignant la radio, il lança au cabot :
- Allez mon chien, c'est bon, on y va !

Lui en abscisse, elle en ordonnée, c'est à deux mètres de l'abribus que l'impact eut lieu.

Marchant le nez dans son livre, Célestine entra de plein fouet dans un homme. 

Tout le système proprioceptif de Jean-Philémon fut ébranlé. Il se retint autant que possible à la laisse de Satan mais ne put garder son équilibre. Il chancela mais ne tomba pas, rattrapa dans ses bras la personne qu'il avait heurtée et parvint à se redresser tant bien que mal. Tout occupé qu'il était à tirer la laisse de Satan qui traînait en levant la patte sur tout ce qu'il reniflait, il n'avait pas vu la jeune femme qui marchait dans sa direction.

- "Oh pardon monsieur ! Je suis vraiment dés... ", s'interrompit Célestine. Elle venait de lever la tête et de reconnaître l'homme, si ce n'est de "ses", en tout cas de "son" rêve. Elle rosit violemment et ses yeux furent aspirés par le regard ambré et profond qu'ils rencontrèrent.
Jean-Philémon finit de se redresser et se tendit lorsqu'il remit le visage qu'il avait alors en face de lui.
Le temps s'arrêta, son cœur s'emballa.
Non, ce n'était tout bonnement pas possible ! Il avait dans les bras la créature céleste de son rêve ! Elle venait en plus de plonger son regard dans le sien, tout pareil que... Il ne réfléchit pas, ne résista pas, connaissant déjà la suite : il l'embrassa comme dans ses souvenirs... 


Tout à leur émoi et à leur baiser passionné, les deux tourtereaux ne virent pas le bus s'arrêter devant eux, ni cette étrange personne aux dents jaunâtres et à l'allure de pingouin qui y monta en leur jetant un coup d’œil amusé. Celle-ci alla s'asseoir à côté d'un prêtre. Ca tombait bien, il n'avait encore jamais goûté de chair bénite...


FIN



Hey, psssst ! Si tu veux lire l'intégralité des aventures de Célestine, Jean-Philémon et Grxz, clique ici, y a toute la série !

lundi 8 février 2016

Logo-Rallye 17 : Déclarations


La suite de nos aventures (texte précédent : Révélations) a été écrite d'après les mots proposés suivants : Eprouvette, Manège, Procrastination, Roses, Dindon, Cabas, Asymptote, Hyalosome, Jugulaire, Bonnasse, Discréditation.

 
Célestine, dont le teint, quelques minutes avant, n'avait pas été sans laisser penser à ces méduses hyalosomes, avait enfin repris des joues rosées. La première chose qu'elle vit en ouvrant les yeux furent deux pupilles ornées d'une sorte d'ambre dorée et extrêmement dilatées penchées au-dessus d'elle. Elle y lut très clairement un amour intense et inconditionnel. Elle n'avait jamais vu ça dans aucun regard d'aucune personne, même la plus amoureuse...
 
- Jean-Phil ? souffla-t-elle.
- Oh ma chère ! Vous me revenez !
- Mais quels yeux magnifiques vous avez ! murmura-t-elle, je ne m'en étais pas rendue compte... Et elle retomba dans les vapes dans les bras de son chevalier.
 
- Ah ben qu'est-ce que j'vous disais ! lança Grxz qui s'était avancé.
 
Jean-Philémon, assis sous le saule, Célestine dans les bras, était parcouru de micro-frissons et sa jugulaire battait à tout rompre. Il fut pris de vertiges, comme dans un manège tournant trop vite. Il s'agrippa à son aimée de peur de basculer en arrière. Il tint un instant les yeux fermés pour laisser passer l'étourdissement et se détendit quand il sentit ses sens revenir. Il se reprit lorsqu'il s'aperçut qu'il s'était accroché au t-shirt de sa dulcinée et que celui-ci se tendait dangereusement.
 
- Ben ça vous met dans un état, dites donc ! C'est vrai qu'elle est bonnasse, hein, faut dire !
- Je vous interdis de parler de cette damoiselle en ces termes, Monsieur Grxz !! s'offusqua le paléontologue. Arrêtez de gloulgouter comme un dindon  ! Vous parlez de la femme que j'aime !
- Ah Ah ! Nous y sommes !! C'était clair qu'elle allait pas vous envoyer sur les roses, la p'tite, vous êtes beau gosse. Mais faut pas non plus vous enflammer, mon vieux !
- Mêlez-vous de vos oignons, espèce de malotru ou vous allez finir dans une éprouvette ! Mes sentiments ne sont pas à moquer !
- Oh ça va, l'intello ! Vous avez peur de la discréditation ? J'vous dis qu'elle est à point !
- Il suffit ! répondit Jean-Philémon qui était sur le point de poser Célestine pour en venir aux mains avec l'intra-terrestre un peu trop taquin.
 
- Jean-Phil ? Vous m'aimez donc ?
Il tressaillit. Il oublia Grxz dans la seconde et, regardant de nouveau le visage de Célestine, se sentit flancher. Elle l'observait, accrochée à son cabas, et... elle avait tout entendu.
 
Cette fois-ci ni hésitation ni procrastination, il se jeta à l'eau tout habillé :
- Que dites-vous ? Ma mie ! Je vous adore ! Vous êtes mon idéal ! Que dis-je ?! Mon asymptote ! Comment imaginer vous atteindre un jour ? Vous êtes tellement... ô ma mie !
- Taisez-vous, pauvre fou... embrassez moi...

Ses lèvres rencontrant alors celles, charnues à souhait, de Célestine, Jean-Philémon fut transporté dans une dimension qu'il n'aurait jamais imaginé explorer un jour...
 
 
Et la suite ?

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mardi 26 janvier 2016

Logo-Rallye 16 : Révélations











La suite de nos aventures (texte précédent : Présentations) a été écrite d'après les mots proposés suivants : Amour, Lasagnes, Esperluette, Hypospadias, Pince à linge, Flan, Piercing, Adéquate, Saule, Diffuseur, Claque.


- Fichtre ! Etes-vous en train de nous dire que vous nous mangeriez comme on se régalerait de lasagnes ?
- T'as tout pigé mon gars !
- Et... euh... en une seule fois ?
- Ben ça dépend, hein. Vous, peut-être pas, mais un calibre comme la demoiselle, ça s'pourrait bien.
- Que... ? s'étouffa Célestine. Ses jambes étaient devenues un flan indéfinissable, elle défaillait...
- Ma mie ! s'écria Jean-Philémon, vous êtes toute pâle ! Vous flageollez !
A peine eût-il terminé sa phrase que Célestine s'effondra dans ses bras, aussi molle qu'une chiffe.
- Ben elle supporte pas l'atmosphère souterraine, vot' duclinée, on dirait ! Va p't'être falloir lui faire du bouche à bouche ! Vous permettez ?
- Sacrebleu ! Tâchez de pas vous approcher ou c'est pas une claque, que vous aurez, vous pouvez compter sur moi ! lança Jean-Philémon.
- Oh ça va ! J'vais pas vous la voler, c'est évident qu'elle est éperdue, la p'tite !
- Que dites-vous ? s'étrangla le paléontologue.
- Ben ouais. C'est évident qu'elle vous a dans la peau. Ca m'a l'air tout frais mais ça se sent à toute bringue !
- Non mais vous délirez, jeune ho... euh... mon cher ! Nous nous connaissons à peine !
- Et vous, c'est pas un coeur, que vous avez, c'est un diffuseur ! Y vous manque plus que l'esperluette entre les prénoms, à vous deux !
- Mais je vous en prie, voyons ! s'offusqua Jean-Philémon.
- Ah l'amour ! J'y entrave bien que dalle, moi, à c'truc, mais j'peux vous dire que même avec  une pince à linge sur le pif ça se flaire à des kilomètres !

Jean-Philémon n'en revenait pas. Il en avait presque oublié Célestine qui gisait, inconsciente, dans ses bras. Il se ressaisit et décida que lui faire respirer de l'air frais s'avérait être la chose la plus adéquate en cet instant.
- Taisez-vous et montrez-nous la sortie,... s'il vous plaît !
- Allez, ça va, vous voulez pas voir la vérité en face... C'est bien les humains, ça ! Mais allez, j'vous sors d'ici... Suivez-moi.

Et Grxz, de retour dans son état initial, avec son t-shirt Batman et ses dents jaunes, se dandina, maintenant Satan à une distance respectable, vers la sortie...

Jean-Philémon avait soulevé Célestine et la portait dans ses bras, comme une jeune mariée. Son t-shirt s'étant légèrement soulevé, il put voir un mignon petit piercing en forme de fleur sortir de son nombril. Il se secoua et regarda droit devant lui en avançant.


Grxz leur fit traverser un couloir terreux sur quelques dizaines de mètres et bifurqua dans un passage tout à fait improbable qui les mena près d'une porte ajourée en fonte. Derrière, on voyait la lumière filtrer à travers les feuillages qui recouvraient la grille. Au moment où Jean-Philémon se demandait comment ouvrir le lourd cadenas qui tenait le passage scellé, il vit Grxz dégainer un pénis étonnant et pisser double contre la serrure qui se mit à fumer. Eberlué, il avait du mal à intégrer ce qu'il voyait. De mémoire de recherches paléontologiques, il n'avait jamais répertorié d'urine sulfurique, mais en plus, un cas d'hypospadias comme celui-ci le laissait pantois !

< Cling ! > fit le cadenas.

- Hop ! Et voilà ! lança Grxz étonnamment tout guilleret.

Franchissant la porte, il se retrouvèrent, un peu aveuglés, sur une petite place où trônait un magnifique saule. Jean-Philémon connaissait bien cet endroit mais n'aurait jamais soupçonné qu'un passage dérobé pouvait y mener.

Il déposa Célestine sous l'arbre pour la maintenir à l'ombre et lui tapota tendrement la main. Elle reprit doucement des couleurs et son souffle se fit plus rapide. Lorsqu'elle ouvrit les yeux, elle le regarda si profondément qu'il crut défaillir.






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jeudi 15 octobre 2015

Logo-Rallye 15 : Présentations


La suite de nos aventures (texte précédent : L'accord) a été écrite d'après les mots proposés suivants : Smaragdin, Carotte, Cystite, Suppositoire, Prout, Effluve, Marguerite, Litière, Fluide, Feutier.

 


Jean-Philémon était interdit. La scène qui venait de se dérouler sous ses yeux était pour le moins déroutante. Il n'en croyait pas ses oreilles. Un intraterrestre en mutation qui parlait un français argotique étonnant.
Célestine, elle, était en colère. Ses yeux habituellement smaragdin avaient viré au gris smog. Malgré l'incroyable découverte, elle n'en restait pas moins à cheval sur le respect de sa personne et cet individu dépassait les limites.

Grxz semblait avoir repris du poil de la bête... enfin, de l'humain. Hormis sa tête qui avait une forme légèrement ovoïde, Il avait de nouveau une apparence normale.

- Non mais faut pas s'énerver, ma p'tite dame, dit-il à Célestine tout en lâchant un prout bien sonore, je parle comme ça sans arrière pensée ni méchanceté.
- Et flatuler bruyamment, vous le faites dans quel état d'esprit ? demanda Célestine que l'effluve intraterrienne venait piquer aux yeux.
- Oh ça ? C'est pour faire la paix ! C'est une spécificité de notre espèce. Le trou d'balle est un orifice par lequel nous passons beaucoup de trucs, dont des émotions ou des signaux.
- Et la spécificité de la nôtre, d'espèce, c'est de dire "pardon" quand on pète !
- Oh là ! Pardon m'dame ! Je ne voudrais pas vous heurter la carotte ! Vous pouvez vous la boucher si ça sent pas la marguerite !

Jean-Philémon crut bon d'intervenir avant que l'échange ne s'envenime de nouveau.
- Dites-moi, mon cher, pouvez-vous nous parler un peu de vous ? Quelle est cette espèce étonnante dont vous parlez ?
- Bah... je viens de Cystite... c'est une petite enclave dans votre lithosphère. Nous vivons sous notre forme orginelle qui est celle que vous avez vue tout à l'heure. Nous avons la capacité de nous transformer à not' guise. Notre quantité de fluides est très limitée, comparativement à vous, mais nous pouvons couler des bronzes à volonté, pas besoin de suppositoire ! Et pour cause, on s'en sert pour communiquer.
- Vous parlez de défécation, c'est cela ?
- Oh là là ! Tu causes bien, toi ! Ouais, c'est ça ! On étronne à fond ! Mais bon, vu ce qu'on graille, on a de quoi !
- Qu'est-ce à dire ? Que diantre mangez-vous ?
- Bah, des trucs qui remplissent, quoi. Sur terre, c'est des trucs terrestres : animaux, humains, des trucs consistants, quoi, et puis sous terre, faut voir. Ca dépend ce qu'on trouve, mais parfois on se la joue trophallaxie à l'envers. On mange des trucs qui ont déjà été digérés et envoyés dans la litière, si vous voyez ce que j'veux dire...

Célestine fut épouvantée. Elle comprit qu'elle était passée à deux doigts de se faire gober. Ce simple fait était déjà absurde, mais en plus, de se faire gober par une créature plus rare qu'un feutier qui lui disait se nourrir d'humains, d'excréments et quoi d'autre encore ?? Si elle comprenait mieux son haleine, elle n'en était pas moins ébaubie. Elle se demandait si elle n'allait pas bientôt se réveiller et fuir ce cauchemar...


 


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dimanche 9 août 2015

Logo-Rallye 14 : L'accord






La suite de nos aventures (texte précédent : Scène de ménage) a été écrite d'après les mots proposés suivants : Taboulé, Bottleneck, Mouche, Scrofuleux, Coquillages, Eclair, Vacances, Mi-molle, Cyphose, Eczéma, Samarcande, Rubis.



Célestine ne parut pas entendre cette dernière phrase. Au moment-même où Jean-Philémon lui déclarait sa flamme, un cri rauque s'était fait entendre du côté de Grxz. Il venait de se recroqueviller d'un coup et tout son corps se couvrit d'une sorte d'eczéma rosacé purulent. Il était parfaitement répugnant et il fallait avoir l'estomac bien accroché pour le regarder.
Cela rappela à Jean-Philémon ce mendiant scrofuleux qu'il avait croisé à Samarcande lors d'une expédition ouzbèke quelques années auparavant. A l'époque, il avait failli vomir son taboulé, mais comme là, il n'avait plus rien à vomir, il fut plus serein. Cela dit, à ce sujet seulement. Parce que pour le reste, Grxz venait tout de même d'anéantir sa déclaration. Rien que pour cela, il lui donna un coup de pied rageur au niveau de la cyphose sacral. Coup certes gratuit mais ô combien défoulant !

- Mieux vaut tard que jamais, hein... dit-il à la pauvre créature boursouflée.

Il fut étonné de l'accueil qu'avait reçu son pied : la texture qu'il avait heurtée semblait bizarre... Pas comme un dos normal, avec la structure osseuse qu'il se doit et tutti cuanti, non, mais plutôt une masse mi-molle qui avait semblé amortir le choc.

A ce constat, Célestine fut de nouveau partagée entre le dégoût et la pitié. Elle s'accroupit près de la créature, tout en restant sur ses gardes et en mettant sur son nez le mouchoir décoré de coquillages qu'elle trouva dans son sac, pour se protéger des odeurs qui se dégageaient du corps devant elle.

- Ecoutez, lui dit-elle doucement, nous ne vous voulons pas de mal. Nous vous promettons de ne rien tenter, voire de vous protéger, si vous pouvez nous promettre que vous ne ferez pas de mal à une mouche. Vous me comprenez ?

La créature se tourna et la regarda piteusement avec des yeux couleur rubis. Il était vraiment difficile à regarder.

- Gklampds...
- Mince, il ne parle pas notre langue, j'aurais dû m'en douter...
- Zi Zi, ai ai ud du al a a i u er... 
- Jean-Phil ! Vous entendez, il essaie de nous parler !
- Voui, ma mie ! Quel est-donc cet idiome inconnu ?
- and e ai eau, gauz anzai !
- JE NE VOUS COM-PRENDS PAS ! articula Jean-Philémon en appuyant bien sur les syllabes et en parlant bien fort.
- Ui ba zour ! grogna Grxz en enfilant ses deux index filiformes dans ce qui semblait lui servir d'oreilles. Il tenta de s'asseoir et se massa la mâchoire. Je... dis gue... ai du bal a a-diguler...
- Ca ressemble à notre langue !!! sursauta Célestine.
- Que disiez-vous, Mons... euh... Vous pouvez répeter ?
- Je disais... "j'ai du mal à articuler", "bande de blaireaux, j'cause français" et "chuis pas sourd" !, répéta Grxz calmement et en prenant soin d'articuler pour être compris. Non seulement sa mâchoire se rétablissait en un éclair mais les scrofules semblaient s'estomper...

Jean-Philémon en était comme deux ronds de flan. Il ne trouva rien à dire.
- Et chuis ok avec vot' deal si vous arrêtez de m'envoyer vos trucs dégueux dans le bottleneck, ça m'fera des vacances !

- Incroyable ! parvint à murmurer Célestine. Il parle même l'argot...

- Ouais, bon, ça va, la greluche, tu vas t'en r'mettre !

Célestine se redressa d'un bond et failli lui envoyer de nouveau un coup de sac dans l'abdomen. Elle se retint in extremis, au nom de l'accord qui venait juste d'être passé.

- Vous parlez très bien, en effet... Evitez seulement de m'appeler une nouvelle fois comme ça ou je me ferai un plaisir de rompre le deal en vous en remettant une bien placée... dit-elle la mâchoire serrée par l'énervement.






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mardi 7 juillet 2015

Logo-Rallye 13 : Scène de ménage



La suite de nos aventures (texte précédent : Bas les pattes !) a été écrite d'après les mots proposés suivants : Callipyge, Pot de chambre, Fumoir, Shooter, Lunatique, Lavandes, Poster, Poireau.



La créature auparavant callipyge et fortement érotique s'était transformée en un homme luxueusement vêtu mais dont l'aspect restait assez repoussant, et dont l'haleine refoulait le pot de chambre. 

Jean-Philémon était encore tout abasourdi de tout ce remue-ménage, et désormais, se trouvait en outre bien confus de voir la poitrine de Célestine se soulever à mesure qu'elle reprenait son souffle. Hypnotisé par cette vision, il ne réagit pas quand Grxz tenta de se lever. Ce fut à nouveau Célestine qui se propulsa sur lui pour shooter entre ses jambes. Étonnamment, au vu de l'endroit et de la puissance du coup de pied célestinien, Grxz ne réagit que peu mais ouvrit la bouche. Il se vit tout de même renvoyé à la renverse et dans les limbes d'un monde mentholé. 

- On ne peut pas dire que vous soyez un rapide, vous ! lança Célestine à un Jean-Philémon dont les bras lui tombaient.
- ...
- Bon, OK, vous avez été top au marché... Mais là, qu'est-ce qu'il vous arrive ? Et pourquoi vous me regardez comme ça ?

Jean-Philémon la contemplait. Il la voyait nimbée d'une aura qu'il n'avait jamais observée sur quiconque. Il était comme dans un fumoir, tout étant flou autour de lui, sauf la vision céleste qui s'offrait à lui. On aurait dit un poster romantique de David Hamilton. Il était subjugué...

- Eh oh !! Vous avez buggé ou bien ? lui dit Célestine en le secouant par le bras.
Le contact le réveilla soudain et lui envoya une décharge d'énergie incroyable. Il se ressaisit et parvint à bafouiller :
- Oh ! Euh... Pardon, ma mie... Je suis... enfin... je suis vivement impressionné par votre vélocité et le courage dont vous avez fait preuve. Je vous remercie grandement de m'avoir ainsi sauvé ! Et puis... Vous êtes... Comment dire... Vous êtes si divinement gracieuse et élégante !

Célestine, qui se repassa alors en tête et en accéléré la scène de bataille, eut du mal à trouver de la grâce et de l'élégance dans ses derniers mouvements. Cela dit, elle comprit rapidement, au regard que Jean-Philémon portait à son ballon de basket, que la grâce dont il parlait semblait s'appliquer principalement à son 90D. Elle l'envoya bouler dans les lavandes :

- Non mais c'est incroyable, ça ! Nous sommes en train de vivre un truc de dingue, là ! On vient de capturer un intraterrestre, et vous, non seulement vous trouvez le moyen de me conter fleurette, mais en plus de me gratifier de vos compliments qu'en fait seul mon décolleté vous inspire ! Vous êtes bien comme les autres, à fonctionner seulement avec votre poireau !

Jean-Philémon fut choqué par cette diatribe. Lui, si éperdu d'amour ! Et il trouva Célestine bien lunatique, cette damoiselle tantôt reconnaissante, tantôt agressive !

Il s'indigna :
- Ma mie ! Je suis certes interloqué par cette vision ma foi peu fréquente qu'offre votre coffre si bien dessiné, mais croyez-m'en, tel que vous me voyez, je suis sous l'emprise d'une grande admiration à votre égard ! Vous avez raison, il se passe une chose extraordinaire et ce n'est pas tant celle que vous croyez !
Et il ne parvint pas à s'arrêter :
- Je viens de tomber amoureux, pour la toute première fois de ma vie...





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jeudi 25 juin 2015

Logo-Rallye 12 : Bas les pattes !


La suite de nos aventures (texte précédent : Le tunnel) a été écrite d'après les mots proposés suivants : Explosive, Indécence, Coccinelles, Funk, Diffamatoire, Grenouillère, Disco, Péremptoire, Sevrage, Béquille, Ombra, Sardanapalesque, Café.


Ils venaient de s'aplatir tous les trois contre la paroi fibreuse du tunnel, mais pas assez vite, semble-t-il, pour échapper au regard de la créature qui fonçait droit sur eux.
Pour Jean-Philémon, c'était le moment où jamais de se montrer courageux et de protéger sa promise. Il partit d'une manière explosive en direction de la chose, Satan sur ses talons.
- Mais qu'est-ce que vous faites ? s'inquiéta Célestine.
- Ne vous en faites pas, ma mie ! Je serai l'homme de la situation ou je ne serai pas ! lui répondit Jean-Philémon qui masquait sa peur par un ton presque trop péremptoire. Pour se donner du courage, il se jura qu'ils sortiraient tous vivants d'ici et qu'il lui offrirait un jour une ombra dans un petit café vénitien près du pont du Rialto.
- Prenez soin de vous, Jean-Phil ! lui lança une Célestine morte de peur.

Grxz n'avait pas la bonne forme pour appréhender ces mets de choix et il s'aventura à improviser la forme appropriée tout en marchant droit sur ses proies. Il redevint humain, attifé d'une tenue disco-funk très moulante et d'une casquette à paillettes. Ceci ne seyant guère à la situation, il retenta donc une apparence austère comme celle qu'il avait juste avant, mais se retrouva en grenouillère en éponge qui le démangeait aux entournures. Décidément, le processus dysfonctionnait depuis qu'il avait avalé ce chaud breuvage parfumé ! Un des humains s'approchant de lui, il identifia un mâle et se sentit bien inspiré pour une apparence qui l'aiderait à le capturer facilement : il se métamorphosa en une bombe sexuelle défiant toute loi de l'érection contrôlée..

Jean-Philémon avançait d'un bon pas et la créature se rapprochait. Ils étaient encore à quelques dizaines de mètres lorsqu'il la vit changer de forme. Il comprit qu'elle redevenait anthropomorphe mais, dans la pénombre ambiante, ne distinguait pas réellement les traits adoptés, surtout que ceux-ci paraissaient fluctuer.
Il continuait à avancer d'un bon pas et ils allaient bientôt entrer en contact quand il s'arrêta net. Devant lui, une créature de rêve tout droit sortie d'un tableau de Botticelli se tenait aussi droite que nue et lascive...
Satan, qui le suivait de très près, se retrouva de nouveau à rentrer dans son prédécesseur, se cognant tellement fort contre la cuisse de Jean-Philémon qu'il lui fit l'effet d'une béquille. Satan couina, Jean-Philémon chavira. La vénus s'approcha en battant des cils à la vitesse d'un battement d'ailes de coccinelle, et se pencha sur Jean-Philémon qui n'avait pas encore repris son équilibre. La beauté fatale était sur le point de l'embrasser, lorsque Satan aboya férocement, s'interposant. Grxz, qui n'avait pas perçu l'animal avant cela, paniqua et tomba à la renverse, les quatre fers en l'air, le mettant dans une position d'une indécence absolue.

- Hôte tes sales pattes de là, sale morue !
Célestine, qui avait accouru voyant qu'il se passait des choses étranges, envoya à la bombasse un coup de sac à main dans la mâchoire. Elle lui sauta ensuite littéralement dessus, telle une catcheuse aguerrie, lui coupant le souffle. Grxz, bien malmené, eut le réflexe de se changer instantanément en Blaise, son apparence humaine habituelle. Cependant, au lieu de son austérité coutumière, il se retrouva alors vêtu de vêtements d'un sardanapalesque clinquant. Célestine, pas impressionnée pour deux sous, lui sauta une nouvelle fois dessus et, profitant de la bouche ouverte par l'expiration forcée de Grxz, lui injecta dans la bouche un bonbon mentholé qu'elle avait soigneusement préparé avant de passer à l'attaque.

Jean-Philémon était à terre. Il venait d'assister à une scène complètement surréaliste. 
Comment cette femme pouvait-elle être aussi extraordinaire ?
Cette damoiselle rencontrée à peine quelques heures auparavant était tout ce qu'il pouvait rêver de mieux. Certes, elle avait usé de propos tout à fait diffamatoires à l'encontre de la beauté enchanteresse qui avait failli l'envoûter, mais il lui pardonnait de bon gré cet égarement, comprenant qu'on peut oublier les bonnes manières lorsque l'on est occupé à sauver la vie d'autrui.

Il était également convaincu d'une chose : Célestine lui étant devenue tout à fait indispensable et un sevrage étant tout à fait inenvisageable, il allait devoir l'épouser...


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lundi 15 juin 2015

Logo-Rallye 11 : Le tunnel



La suite de nos aventures (texte précédent : Cave malum cacator !) a été écrite d'après les mots proposés suivants : Girafe, Vaseline, Dysfonctionnement, Salami, Coronaire, Tournée, Canadaire, Maillot de bain, Pelouse, Risotto al Nero Di seppia.


Célestine passait du chaud au froid. Entre la basse température de l'endroit et la claustrophobie qui lui donnait des bouffées de chaleur, elle se serait tantôt mise en maillot de bain, tantôt emmitouflée dans une grosse doudoune. Pour masquer son trouble, elle se mit à caqueter comme une oie.
- Je meurs de soif ! Je boirais bien un p'tit canadaire dry !
- Un Canada Dry, vous voulez dire ?
- Non, un canadaire dry ! C'est un mélange de limonade, rhum blanc, sirop de menthe et un rien de piment. Ca s'appelle comme ça parce que ça enflamme et ça éteint en même temps.
- Intéressant !... 
- Allez, dès qu'on sort de là, c'est ma tournée ! Je vous fais goûter ça avec un petit salami maison. 
La grande veine coronaire de Jean-Philémon se mit à battre à plein régime. Elle venait de l'inviter !
- Et peut-être même que je pourrai vous faire un petit risotto al nero di seppia, c'est ma spécialité.
Elle lui parlait de mets italiens, à lui qui rêvait de la courtiser dans les venelles inondées de la cité la plus romantique de la planète ! Il allait lui prendre la main lorsque Célestine s'arrêta net, voyant, à quelques pas devant eux, une chose tout à fait inattendue... 

Grxz allait bien mieux ici. Il était au calme, loin de cette humanité grouillante et agitée. Quand vraiment il n'en pouvait plus, il venait se ressourcer sous terre. Ah ! S'il avait pu rentrer à la maison ! Surtout que depuis ce petit dysfonctionnement, dans le marché, il se sentait vraiment raplapla et découragé.
Tout en avançant, il se déforma tranquillement et pris une forme un peu haute et allongée.
Celle-ci se rapprochait davantage de sa forme originelle, la forme bulbaire étant principalement utilisée lorsqu'il était sur terre, comme la dernière fois sur la pelouse où il avait été approché par une de ces créatures reniflardes qu'il détestait. Il sentait une petite meurtrissure sur la zone qui avait été son front humain et où siégeait désormais une de ses cornes molles lui servant de capteur.

- Vous avez vu ça ? Il a encore changé de forme ! On dirait une girafe !
- Hmmm, ma foi, vu sa taille, je dirais plutôt un okapi...
- Oh là là ! Mais vous n'arrêtez donc jamais ? On voit un truc de dingue et vous, vous pinaillez !
Satan, qui marchait entre les deux tourtereaux, et surpris par le stop soudain de Célestine, s'était ripé la truffe sur son jean et la sentait qui chauffait. Il rêvait d'une application de vaseline pour le soulager lorsqu'il vit la créature s'arrêter elle aussi.

Grxz venait de sentir comme une présence. Il se retourna et cru voir des silhouettes s'aplatir contre la paroi du tunnel. Une aubaine pour lui qui sentait la faim monter dans son deuxième estomac.

Et tout naturellement, il partit dans leur direction...


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lundi 1 juin 2015

Logo-Rallye 10 : Cave malum cacator !




La suite de nos aventures (texte précédent : Salsaaaaa !) a été écrite d'après les mots proposés suivants : Phacochère, Étoupe, Nordique, Patauger, Cardiofréquencemètre, Pivoine, Soleil, Fifrelin, Frissonner, Tourniquet, Dentifrice, Odyssée.



- C'est la, c'est la, c'est la salsaaaaaaaaaa du Démon ! Salsaaaaaaaaaa du Démon !
Grxz pataugeait en plein cauchemar. Un tas d'excités sautaient partout autour de lui, pris d'une frénésie irrépressible qu'il ne comprenait pas. Le bruit était pour lui absolument abominable. Ses capteurs auditifs étaient saturés malgré ses mains plaquées sur ces ourlets disgracieux que les humains appelaient "oreilles". Ces gens étaient-ils en crise de panique à l'écoute de ce bruit ? Pourtant, ils semblaient en être à l'origine et souriaient même... Le bruit continua encore un peu puis s'arrêta brusquement, et toutes les personnes agitées se dispersèrent aussi soudainement qu'elles étaient apparues.
La terre, côté soleil, lui réservait décidément bien des surprises...
Ayant un peu repris ses esprits, il avait réalisé qu'il avait perdu sa proie et se sentit bien dépourvu. Il avait toujours son sac de meringues à la main, mais c'était fifrelin comparé au festin qu'il aurait pu faire.
Il décida de rentrer "chez lui" en passant par le métro. Sous terre, il se sentirait un peu rasséréné...

- Mais où va-t-il, ce phacochère ? demanda Jean-Philémon à haute-voix.
- Je ne sais pas, mais moi je le suis ! Vous venez ? répondit Célestine.
- Je suis votre ombre, ma m.. ma chère !
Si Jean-Philémon de la Rouflaquette avait à ce moment précis porté un cardiofréquencemètre, celui-ci aurait sorti le gyrophare rouge fluo clignotant accompagné d'une alarme suraiguë lui donnant l'indication toute relative qu'il était sur le point de décéder imminemment d'une sur-vascularisation soudaine. Elle lui avait dit "vous venez ?" ! Elle l'avait invité à la suivre ! Un signe qu'elle n'était pas indifférente à son charme certes désuet mais tout de même opérationnel.
- Allez, viens Satan ! lança-t-il à son chien en détournant son visage qu'il avait senti devenir pivoine.

Grxz descendit les marches de l'entrée du métro et sauta par-dessus le tourniquet, n'ayant pas de ticket. Mais au lieu d'aller en direction des quais, il bifurqua dans une galerie en travaux et se faufila derrière un gros engins de forage. Là, il s'accroupit en baissant son pantalon et déféqua à l'entrée d'une sorte de tunnel latéral. Moins de 10 secondes et un gros étron plus tard, il se releva pour disparaître dans la cavité.

- Beurk ! Il est pas gêné, lui ! s'offusqua Célestine.
Ils avaient pris un peu de retard car ils avaient dû chercher leur ticket de métro pour passer le tourniquet, mais avaient réussi à ne pas le perdre de vue.
Où allait-il donc ? Qu'était donc cette créature au caca supersonique qui partait sous terre ?...
- C'est ça !! Un intraterrestre ! C'est un intraterrestre ! lança tout haut Célestine, sursautant même au son de sa propre voix lançant une vérité aussi surréaliste.
- Diantre ! Vous avez raison très chère ! C'est évident, maintenant ! Sa forme de bulbe, son odeur, et maintenant ce trou !
Jean-Philémon avait lu quelques articles à propos de ces croyances, et il y portait un certain crédit. De par son métier, c'était un peu normal. Cela dit, il était parfaitement ébahi qu'une damoiselle "normale" puisse émettre cette certitude avec autant de rapidité.

- Ecoutez, ma mie, je ne sais s'il est bien prudent qu'une gente dame s'aventure plus avant. L'on ne sait ce que l'on pourrait y trouver.
Célestine ne releva pas le "ma mie" bien qu'elle l'eût encore bien entendu. Elle commençait à trouver charmant ce langage particulièrement châtié.
- Avec vous, je ne crains rien, mon cher, je vous suis si vous y allez.
Jean-Philémon frisa encore l'AVC. "Mon cher" ! Et elle ne craignait rien en sa compagnie ! Il faillit la prendre dans ses bras mais se retint in extremis. Il cacha son trouble par un sourire dentifrice que même un représentant de commerce n'aurait pas réussi à ébaucher, et lui dit sur un ton rassurant :
- Alors allons-y ! Je suis votre chevalier ! En route pour l'odyssée ! Restez bien derrière moi. Satan, allez mon chien, viens !

Le bon toutou couina en penchant la tête sur le côté, pas totalement convaincu du bien fondé de leur expédition. Voyant son maître enjamber les fèces intraterrestres qu'il prit le temps de renifler (une odeur absolument étrangère à toutes celles qu'il connaissait, et assez intéressante somme toute), il se décida et ils pénétrèrent tous les trois dans une sorte de galerie creusée sauvagement, dont les parois semblaient être tapissées d'une étoupe étrange.

Célestine se mit à frissonner : il y faisait un froid nordique...



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mardi 26 mai 2015

Logo-Rallye 9 : Salsaaaaa !



La suite de nos aventures (texte précédent : Observation) a été écrite d'après les mots proposés suivants : Malappris, Délétère, Râpe à fromage, Apostrophe, Flashmob, Stockholm, Parasol, Peinture, Prosecco, Speed dating, Potomane, Pop-corn.


- Cornecul ! Qu'est-ce que... !
Jean-Philémon s'interrompit, interloqué par ce qu'il voyait. La créature venait de se mettre une main dans la bouche et de racler la boule orange avec, comme il aurait agit avec une râpe à fromage, à tel point que quelques bouts oranges volèrent hors de sa bouche.
- Fichtre ! Vraiment étrange tout ça ! Qu'est-ce donc, selon vous ? reprit Jean-Philémon, tout ébahi.
- On dirait qu'il se nettoie la... langue. Il me fait de la peine.
- Mais tout de même, cet... homme vous a kidnappée ! Dieu seul sait ce qu'il allait vous faire !
- Peut-être, mais regardez comme il paraît misérable dans sa cuvette, avec ses pattes en apostrophe et sa langue-mandarine. Je suis sûre qu'il est complètement perdu.
- Ma m... euh... très chère ! Vous semblez avoir contracté le syndrome de Stockholm, à compatir de la sorte pour cet ersatz ! N'oubliez pas qu'il vous a manipulée !
- Hmmm... Vous avez raison...

Célestine se trouvait effectivement un peu bizarre de réagir ainsi. Elle était répugnée à l'idée de ce que cette chose aurait pu lui faire subir, et en même temps, elle le trouvait tellement pitoyable, malgré son aspect repoussant et son haleine délétère. Elle soupira et s'accroupit contre le mur, posant sa main sur le museau de Satan qui woufa gentiment. Elle ne savait pas combien de temps allait durer l'observation, mais personne ne l'attendait, rien ne pressait, donc.

Jean-Philémon se sentit défaillir. Il venait à l'instant de voir le ballon de basket sur le t-shirt de Célestine gonfler et monter près de son menton, au diapason du soupir qu'elle venait de lâcher. Il repartit illico sur une gondole vénitienne, imaginant, telle une peinture de Da Vinci, sa mie en robe "Renaissance" dont le décolleté dévoilait une vallée magnifique entre deux collines parfaitement symétriques qui ondulaient au rythme de la respiration de la damoiselle. Il n'en fallut pas plus pour l'ébouriffer, lui qui jusque là n'était jamais allé plus loin qu'une tentative de rencontre par speed-dating et qui se réservait pour sa promise (il n'avait encore jamais honoré de sa virilité la moindre donzelle). Son cerveau mais aussi sa braguette étaient sur le point de sauter comme du pop-corn quand Satan aboya férocement.

Grxz venait de retrouver des jambes humaines et les pattes de moustique avaient disparu. Il s'était levé d'un bond en voyant une bouteille dépasser d'un panier, et d'un coup brusque, l'en avait extraite avec une agilité impressionnante sans que sa propriétaire ne s'aperçoive de quoi que ce soit. En un temps record, il avait ôté le bouchon et se retrouvait à boire un Prosecco grand cru au goulot, tel un potomane en manque.

- Mais quel malappris ! Vous avez vu comme il a subtilisé cette bouteille à cette gente dame ?! lança Jean-Philémon qui tentait en même temps de se redonner une contenance.
- On dirait qu'il veut se débarrasser de quelque chose qu'il aurait dans la bouche. Vous croyez que c'est votre bonbon qui l'a mis dans cet état ?
- Excellente question, très chère ! Et je pense que vous avez effectivement une bonne intuition !

Grxz semblait avoir repris des forces et, d'une démarche un peu incertaine, repartait en direction d'un grand pin parasol planté sur la place de la mairie. Il avançait, d'une oscillation symptomatique de l'absorption d'une grande quantité d'alcool, sans se rendre compte qu'une foule de personnes commençait à l'entourer. Il entendit alors une musique tonitruante et les gens autour de lui se mirent à sauter en rythme. Il se retrouvait au beau milieu d'un flashmob, pris dans une chorégraphie endiablée d'une chanson du tout début des années 80, la Salsa du Démon...


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lundi 18 mai 2015

Logo-Rallye 8 : Observation

 Illustration par Rob Donnelly

La suite de nos aventures (texte précédent : Rêverie) a été écrite d'après les mots proposés suivants : Coprophagie, Fourchette, Chianti, Hypnagogique, Corrosion, Gobetis, Radiologie, Hypocondriaque, Couscous, Ergastule, Epicurien, Phalanstère, Mandarine, Enfantillage, Spirituel


Il avait paru à Grxz tout à fait opportun de se reposer. Aussi, il se retrouvait désormais le fondement dans une cuvette, ses pattes de moustique repliées sous lui dans une configuration qui ne laissait pas entrevoir sa forme bulbeuse mais qui faisait néanmoins penser que cet homme était quelque peu bizarre. Dire qu'il se sentait un peu lent eût été un euphémisme... Il était entré dans une phase hypnagogique qui le rendait tout à fait amorphe. Il gardait néanmoins toute sa tête, mais sans pouvoir bien réagir pour autant. Il était comme emprisonné dans son corps, cet ergastule sur pattes.
Que lui arrivait-il ? Une métamorphose partielle en plein jour, devant des gens ! Jamais cela ne lui était arrivé depuis qu'il était sorti de terre, près de ce phalanstère pourtant bien occupé. Si son cerveau fonctionnait, sa mémoire, elle, lui faisait défaut. Il avait vécu un fort stress et ne comprenait plus tout à fait ce qui venait de lui arriver.
Il gardait un goût très frais en bouche, ce qui était tout à fait insupportable pour un grand adepte de la coprophagie (Grxz se nourrissait de tout ce qu'il trouvait sur terre, mais de là où il venait, il était avant tout question de se nourrir de bons nutriments que son corps et celui de ses concitoyens pouvaient générer).
Ce goût était suspect... Il se rappelait bien avoir reçu une pastille puis ingurgité un liquide chaud.  Il n'était pas particulièrement hypocondriaque, mais quelque part, un truc lui disait lointainement que ceci n'était probablement pas étranger à son malaise.

Les trois compères se tenaient à distance de la créature et avaient pris le parti de l'observer avant de savoir quoi faire.
Célestine se demandait encore dans quoi elle était allée s'embarquer. Au départ, elle devait juste aller acheter de quoi faire son gobetis pour le mur du garage. Mais depuis le matin, tout fonctionnait de travers. D'abord son rêve, ensuite la voiture, et maintenant CA ! Et pas un petit "ça", pas un enfantillage à 3 sous, non ! Un grand "CA" avec plein de trucs qu'elle ne comprenait pas à gérer avec un gars un peu précieux et somme toute pas très spirituel. Et pourtant, elle se sentait irresistiblement attachée à cette intrigue et ne l'aurait abandonnée pour rien au monde.

En bon épicurien, Jean-Philémon avait un bon coup de fourchette et son ventre lui rappelait qu'il avait été brusquement vidé quelques heures auparavant. Les effluves de couscous de la tente berbère lui avaient ouvert l'appétit et il aurait bien proposé à la demoiselle de dîner en sa compagnie. Rien qu'en imaginant cela, il était reparti dans une rêverie, toujours à Venise, sirotant un verre de Chianti en tenant la main de la douce...
- Mais au fait ! Je ne connais pas votre prénom, ma mie !
- Je suis pas vôt' mie ! Et je m'appelle Célestine..., grogna la belle.
- Oh pardon, je ne voulais pas vous offenser, très chère. C'est une vieille expression et comme beaucoup, celle-ci n'a pas échappé à la corrosion lexicale. Cela veut dire...
- Chuuuuuuut ! Regardez, il fait de drôles de trucs avec sa bouche, on dirait qu'il veut l'essuyer avec son pull... C'est quoi ce truc ? On dirait une mandarine !
Grxz tirait une langue ronde et orange comme le fruit.
- Effectivement, quelle créature étonnante ! C'est en la guettant que nous pourrons en savoir davantage. Je ne sais pas ce que la radiologie pourrait nous apprendre sur sa morphologie, mais il est évident qu'il n'y a pas que de l'humain, dans ce corps...
Jean-Philémon pataugeait lamentablement. Il était en pleine découverte éminemment importante pour la postérité, et en même temps, il n'arrivait pas à lui apporter autant d'attention qu'elle le méritait.

Pour des raisons bien inconnues, il sentait son coeur chavirer vers cette demoiselle au prénom qui venait du ciel...



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mardi 12 mai 2015

Logo-Rallye 7 : Rêverie


La suite de nos aventures (texte précédent : Rien ne va plus !) a été écrite d'après les mots proposés suivants :
-  Chryséléphantin, Perlimpinpin, Ecriture, Bassine, Cuvette..., Brocolis, Mandoline, Venise, Mascarpone.


- Satan ! On y va !
- Wouf !
Jean-Philémon était presque aussi excité que lorsqu'il avait trouvé son premier buste chryséléphantin. Il sauta prestement hors de la tente et partit à toute allure derrière son chien qui était déjà aux trousses d'un Grxz transformable. Celui-ci filait à vive allure, sur ses pattes de nématocère, et semblait même rapetisser. Etait-il en train de redevenir la drôle de créature couleur brocolis qu'il avait vue sur son chantier de fouilles ?
- Attendez-moi ! entendit-il crier derrière lui.
Célestine courait comme une dératée pour les rattraper, et, évitant de justesse une bassine d'eau pleine de truites, faillit s'étaler sur Jean-Philémon qui venait de se retourner et qui ouvrit grand ses bras pour la réceptionner. Elle parvint à s'arrêter avant de le heurter et tenta de reprendre son souffle.
Un peu coeur d'artichaut, Jean-Philémon était déçu de n'avoir pas eu le bonheur d'accueillir la gente dame dans ses bras, et entendait déjà la mandoline qui egrénait quelques notes dans sa tête, juste avant que les violons ne s'y mettent aussi.
En indéfectible romantique, il était bien prompt à s'émouvoir et partait vite dans des scénarios de son cru, toujours bien aspergés d'eau de rose... Déjà petit, il se retrouvait souvent en fin de classe à devoir faire des pages d'écriture parce qu'il préférait à la leçon du maître ses rêveries de chevalier et de princesse à secourir.
Présentement, il se voyait sur une gondole, parcourant Venise par les eaux, chuchotant des mots doux à ce joli minois qui...
- Eh oh ! On y va ? C'est pas un coup de poudre de Perlimpinpin qui va nous le ramener ! lui lança Célestine en le tirant par la manche.
Ainsi réveillé de son errance, Jean-Philémon revint vite sur terre et se remit à courir à côté de sa dulcinée.
- Mais évidemment, très chère !

La créature filait de moins en moins vite et ils ne l'avaient pas perdue de vue. Satan la talonnait en gardant ses distances, ne retrouvant rien de connu dans sa mémoire de chien concernant cette forme bizarre, et ne sachant bien s'il fallait en être effrayé ou amusé.
Affublé d'un cerveau mou et gras comme du mascarpone, Grxz avait une mémoire assez limitée, principalement lorsqu'il était dans une phase de transformation non aboutie. Il venait d'oublier ce qu'il faisait et pourquoi il se déplaçait si vite. D'ailleurs, rien ne servait plus à Célestine, Jean-Philémon et Satan de courir, car il venait de s'installer dans une cuvette...






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lundi 4 mai 2015

Logo-Rallye 6 : Rien ne va plus !




La suite de nos aventures (texte précédent : La chute) a été écrite d'après les mots proposés suivants :
- Décroissance, Réminiscence, Edelweiss, Synapse, Houx, Échappement, Écornifleur, Suffrage, Frime, Séchoir, Stégosaure, Vélociraptor, Imbroglio.


- ...
- Allez-vous bien, Madame ? s'inquiéta Jean-Philémon en retirant sa main que Célestine regardait béatement et n'avait point saisie.
Jusque là assaillie de réminiscences, celle-ci était d'un coup tout à fait sonnée et ses synapses étaient mises à rude épreuve. Un drôle de zozo venait, sous ses yeux, de se déformer la tête sans que cela ne lui pose de problème majeur, elle ne savait pas ce qu'elle faisait dans ce marché et un "Jean-Phil" plein de frime venait la sauver ! De quoi remporter tous les suffrages à l'élection de la plus bizarre bizarrerie de tous les temps ! 

Elle regarda le bonhomme ficelé et se rendit compte qu'il essayait de recracher quelque chose. Sa tête ne semblait pas trop avoir souffert de la chute, hormis une bosse sur le front dont une petite crème à l'edelweiss viendrait à bout en quelques heures. Il se tortilla violemment pour essayer de se défaire de ses liens.
- Holà, l'écornifleur ! On se calme ! lança Jean-Philémon tout en lui bouchant le nez et lui envoyant une rasade de thé à la menthe dans le gosier.
Grxz devint tout rouge et recracha ce qu'il put. La boisson eut comme effet de le calmer.
- Mais qu'est-ce que vous faites ? réussit à articuler Célestine, pourquoi le forcez-vous à boire ce thé ? Vous voyez bien qu'il n'aime pas ça !
- Ce serait un peu long à vous expliquer, très chère, mais cet homme est dangereux. Nous le suivons depuis quelques heures et avons remarqué des comportements suspects. Entre autres, il dégage par la bouche une odeur assez immonde, et je me suis dit qu'en lui envoyant un peu de fraîcheur, ça ne ferait de mal à personne. Or, cela semble aussi le calmer.
Célestine s'assit sur le tabouret en houx qui se trouvait sous la tente.
S'approchant un peu plus d'elle, Jean-Philémon osa aborder le sujet sensible.
- A vrai dire, il semblerait également que cet individu ne soit pas ce que nous pensons. Voyez-vous, je suis paléontologue, et...
- Venez-en au fait, je vous prie, j'ai besoin de clarté ! lui demanda une Célestine désorientée.
- Oui, oui, tout à fait. Quelques minutes avant qu'il vous rejoigne, nous l'avons vu, mon chien et moi, se transformer alors qu'il était une sorte de créature difforme. Il venait d'essayer de m'attaquer mais Satan l'a mis en fuite. C'est ensuite qu'il vous a hypnotisée et que vous l'avez suivi jusqu'ici.

Ne manquerait plus qu'un vélociraptor se la radine perché sur un stégosaure pour que le tableau soit complet ! Célestine était complètement perdue dans cet imbroglio. 

Pendant ce temps, Grxz qui reprenait des forces sous les yeux écarquillés du marchand berbère, réussit à entamer une décroissance de ses membres supérieurs, ce qui eut pour effet de le libérer de ses liens. Il bondit alors sur ses pieds et, se saisissant d'un séchoir sur l'étal voisin, menaça les personnes autour de lui comme s'il tenait une arme. C'eut été tout à fait risible si le séchoir n'avait pas émis une pétarade de pot d'échappement bouché faisant sursauter tout le monde. Une odeur absolument infâme se propagea alors sur le marché et quelques personnes en tombèrent même dans les vapes.
Grxz en profita alors pour prendre ses jambes à son cou, littéralement, entortillant ses jambes comme une écharpe autour de son cou, et des sortes de petites pattes de moustiques vinrent les remplacer pour s'agiter à toute vitesse, lui permettant de se déplacer avec une incroyable vélocité.

C'est ainsi que Jean-Philémon et Célestine, un mouchoir sur le nez et effarés, virent la créature s'enfuir.



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