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lundi 7 mars 2016

Réflexions amusées d'une hospitalisée - La compil' 2




De nouveau en séjour à la clinique*, j'ai eu la graaaaaaande opportunité de vivre de nouvelles aventures top de la balle ! Expérience 100% sans paraben ni phtalates, garantie sans effets spéciaux. Toute ressemblance avec une personne existant est purement pas fortuite du tout.

Mercredi 2 mars
Avoir demandé une chambre VIP pour être au calme pour une troisième hospi en moins de 2 ans et se retrouver dans une chambre double avec une mamie qui ronfle, rote et pète... Ça, c'est l'hosto ^_^
******

Et pendant ce temps, de l'autre côté du paravent...
Alors que la mamie ou son mari viennent d'allumer la lumière de la CHAMBRE (pas du lit), m'envoyant la lumière en pleine poire alors que je suis tranquille à  bouquiner, un casque sur les oreilles pour n'entendre ni la télé ni les conversations d'à-côté, bref, que je me fais toute petite-petite, une femme entre dans la chambre et vient passer une petite heure en compagnie de la mamie et de son mari... Avec elle, entre un parfum très "présent" pour ne pas dire envahissant, qui me pousse à me réfugier les naseaux dans mon écharpe... Puis, un bout de sa conversation me vient à l'oreille, malgré la musique dans le casque :
- Et ils n'ont pas réussi à t'avoir une chambre individuelle ? Non mais parce que quand même, le bruit, toussa... c'est pas une chambre rigolote, là, à deux comme ça !
-_-

Jeudi 3 mars
Libérez Abra ! Libérez Abra !
Deuxième nuit de détention en chambre double option "ronflements aigus et prouts de mammouth".
Cela ajouté au "BONSOOOAR ! " de l'infirmière qui débarque bruyamment à 22h quand tu dors à poings fermés parce que t'as profité de t'endormir avant que mamie ne ronfle (et parce que t'as pas fermé l'oeil la nuit d'avant à cause des dits ronflements), et au "BONJOOOOOUR" de la même infirmière qui débarque à 5h du mat en allumant la lumière...
Moi je dis que ça risque de faire quelques heures de sommeil à rattraper... une nuit peut-être... minimum... 
******

Comment éjecter une personne en chambre individuelle pour lui piquer sa place ?
Vous avez 1h, l'usage de la biscotte et du tire-lait électrique est autorisé.
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- Vous gardez bien la chemise, hein...
- Heu...Je pensais plutôt m'habiller un peu, là...
- Ah mais pour les drains, madame, vaut mieux garder la chemise !
- Vu la longueur de la chemise, avec un haut plus court ce sera quand même mieux pour les drains...
- Ah ben c'est vous qui voyez, hein... Moi, c'que j'en dis...
- Oué, je vais m'habiller. Les fesses à l'air, ça va un temps mais fait pas si chaud, quoi.
- C'est vous qui voyez...
Les négo vont bon train...
Ouf, gagné celle-ci -_-
‪#‎ViveLaChemisedHostoOuverteDerrière‬

Vendredi 4 mars
Les délices de la cohospitalisation, suite...
- C'est qui, là ?
- HEIN ?
- C'EST QUI, LÀ ?
- Ah... Hillary Clinton...
- Et là, c'est qui, là ?
- HEIN ? 
- JE DISAIS, C'EST QUI, LÀ ?
- Ah, je sais pas... J'ai pas entendu...
A priori, le visionnage de TV avec casque, à côté, c'est une affaire de couple chez monsieur et madame Ronfl-Duredelafeuille...
Super que j'aie la chance d'y participer, même avec mon casque-plein-de-musique-dedans-à-moi...
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Quand tu manges une salade hospitaloservie, c'est soit nature soit plein d'huile d'olive frelatée...
Ayé, après le trafic de miel et confitures d'il y a deux ans, puis de galettes de riz matinales de septembre dernier, j'ai trouvé mon nouveau filon clandestin ! La vinaigrette au balsamique !!
Décidément, l'hosto est une source de créativité inépuisable...
Et de revenus aussi. ^_^
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- Euh, s'il vous plaît, vous n'auriez pas un peu de vinaigre ?
- Ah ça non ! Pas de vinaigre ici, madame !
- Ah bon ? C'est péché, le vinaigre ?
- Carrément ! Vous n'en trouverez pas dans toute la clinique !
Quelques secondes plus tard :
- Psssst ! Madame ! Vous aimez le balsamique ?
(une autre aide-soignante, probablement attendrie par mon air abattu et mon regard de chat Potté)
- Hein ? Ah oué ! J'adore !
- Allez dans votre chambre, j'arrive. Mais ne dites rien à personne !
- Promis !!
...
- Tenez !
- Merci, merci infiniment ! (j'ai rarement été plus reconnaissante qu'en cet instant...)
- Je vous en prie. Mais chut, hein !
‪#‎SeFaireDesAlliésYaQueçadVrai‬
‪#‎AQuandleTraficDePaquetsDeCloppes‬

Samedi 5 mars
Transfert en chambre individuelle : Ayé !
Au pire, on avait déjà fait connaissance avec la dame nouvellement arrivée ce matin : elle m'avait déjà rassurée sur le fait qu'elle respirait fort, mais qu'elle ronflait pas.
Pour les prouts, elle a pas su me dire :-\
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Attention, la photo qui suit comporte une scène insoutenable.
Le mépris le plus total pour les règles carcéra... euh, hospitalières y est observé. Attention, âmes sensibles s'abstenir...
(et faut pas parler de la bouilloire planquée derrière le lit :-\ )

Dimanche 6 mars
Ce matin, pendant que l'infirmière me faisait ma Nième piqûre d'anti-coagulant, j'ai failli parler de mes bas de "DÉtention"... :-\
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L'hosto Express - Faits divers

Ce jour, une femme à l'allure étrange a été aperçue, rasant les murs des couloirs de la clinique, un tuyau dépassant de son pull et plongeant dans un sac en plastique. Elle se serait rendue au RDC puis serait remontée très rapidement, et aurait disparu dans les étages.
La responsable de la cafétéria raconte :
"J'étais en train de faire l'inventaire des ventes depuis l'ouverture, quand la femme a surgi et m'a intimé de lui vendre un sandwich Jambon-Beurre-Emmental. J'lui ai dit que bien sûr, j'allais la servir, mais elle avait l'air bizarre : elle regardait sans arrêt à droite et à gauche, comme pour voir si elle n'était pas observée. Comme il fallait 5 euros pour payer par carte et que le sandwich faisait moins, elle a eu l'air paniqué et m'a demandé un café "rapide", a payé en vitesse et a glissé le sandwich, comme pour le cacher, dans son sac en plastique. Elle est repartie, presque en courant. Elle avait l'air vraiment désespéré..."
Un appel a été lancé pour la retrouver, la clinique ne souhaitant pas déplorer de "perte" inexpliquée et hors chirurgie au sein de son établissement.
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A midi, c'était tellement plus mauvais que d'habitude que je me suis ruée pour acheter un sandwich Jambon-Beurre-Emmental au pain mou, moi qui ne mange pas de viande, limite le gluten et évite le lait de vache... 
Et le pire, c'est que j'ai trouvé ça bon :'(
‪#‎LHopitalMaTueR‬
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Le dimanche aprèm à l'hosto, ça manque grave de fun :(
Furieuse envie de faire péter les watts avec David Guetta et Mika et ouvrir la porte de ma chambre pour mettre l'ambiance !
Qui m'apporte les spots et la lumière noire ? Une boule à facettes ?
La table de mixage ??

Je m'occupe des déambulateurs à roulettes et du vinaigre balsamique !!
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Je viens de mettre Starlight à donf, chuis sûre que le papy d'à côté va grave kiffer !
J'ai sorti la chemise d'hosto et les bas de contention, attention !! C'est chaaaaaaaaaaaaud !!!! Faites péter les potences et valser les rodons !!
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C'est pas possible qu'elles se rendent pas compte...
Peut-être qu'avant, au tout début de leur carrière, elles le disaient pas... par respect.
Pis après on leur a demandé de le dire parce que sinon, c'était faute lourde toussa...
Mais bon, chais pas, ça pourrait être un peu "personnalisé", quoi.
Elles pourraient le dire quand on arrive, juste... Quand est encore tout neuf et naïf... Mais après... Tout de même. Me le dire à moi, au bout de presque une semaine dans les murs. Alors que je SAIS ce que ça cache ! C'est limite vexant...

Non, vraiment, faudrait arrêter de souhaiter "Bon appétit !" en déposant les plateaux repas sur les tablettes -_-
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Les carottes à l'eau à tous les repas (ou presque) depuis une semaine, ça rend créatif... Avec toutes celles que j'ai récupérées, je suis en train de mettre au point un système de collage pour créer une corde ultrarésistante au carotène. A ce train, j'ai bon espoir de m'évader avec par la fenêtre dans environ 3 jours.
Ensuite, je dépose un brevet et deviens ultra-riche.

Mais ça, c'est si j'arrive à ouvrir la fenêtre verrouillée et si je décède pas de malnutrition avant.

Lundi 7 mars
Hier, 22h environ, dernière visite du soir...
S1 - Oh ! Elle est belle votre tasse ! Vous permettez ?
- Euh...
- Suzaaaaaaaaaaaaaaaanne !
- Ouiiiiiiiiiiiiiii ?
Deux soignantes (dont Suzanne, j'imagine) accourent et entrent dans la chambre...
S2- Ben qu'est-ce qu'il y a ? Ooooh ! La belle lumière d'ambiance ! Ah ben c'est la chambre dont tu me parlais, là, qu'est zen quand on rentre ?
S1- Voui ! Mais regarde la tasse ! Elle est pas trop belle ?
S2 - Dis donc, on a eu un peu peur, hein, quand t'as appelé comme ça, on pensait qu'il y avait une urgence...
S3- Ah oué, la tasse !! Carrément ! Moi j'ai un peu le même style.... Un peu plus petit pis avec le truc en céramique... Elle est très belle, la vôtre !
S2- Non mais c'est vrai qu'on est trop bien dans votre chambre ! Ca fait vraiment ambiance, là !
- Merci...
S1 - Bon ben on va peut-être pas faire salon de thé, hein...
- Si ça vous dit, j'en ai du bon...
S1- Ben vous savez vous mettre à l'aise, vous !
- Ben vaut mieux, hein, ça compense les désagréments...
S3 - Oh ben vous avez raison !
S1- On vous souhaite bonne nuit, hein !
Je devrais organiser une journée portes ouvertes... Avec juste, au pif, un petit plat maison comme participation :D
‪#‎AbraNimalDeFoire‬
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Le drain est au monde hospitalier ce que le bracelet électronique est au monde carcéral... Une entrave à la liberté.
Et... on vient de me l'enleveeeeeer !!! Yiiiihaaaaaaaaaa !!
Je vais mangeeeeeeeeeeeeeeeeeer pour de vrééééééééééééé !!




Et si on disait que c'était la dernière fois ? ;o)


* Si t'as envie d'aller faire un tour vers les précédentes aventures carcérales hospitalières, c'est ici.

mardi 16 février 2016

La fin annoncée de Quasimodo


Allez, je te vois venir, tu vas monter sur tes grands chevaux... Dis pas non, je te vois déjà sur tes petits. Tu vas dire que j'exagère, toussa, que c'est n'importe quoi...
Alors oui, j'exagère et non, c'est pas n'importe quoi. L'exagération, d'abord, ça sert à dire des trucs en grossissant le trait pour être bien certain que tu comprennes. C'est un peu comme parler un peu fort quand on t'as peur qu'on t'entende pas ou écrire en gros "NE PAS DERANGER" sur la porte pour qu'on le voie bien. C'est pour être sûr, quoi.
Donc, même si mon regard sur moi-même est très exigeant et la plupart du temps réprobateur, il s'agit ici d'une image, d'une métaphore, limite une allégorie, OK ?? C'est bon ? Je peux y aller ? Bon... 

samedi 13 février 2016

Et si ?




Une Nounette à couettes, y a pas à dire, ça se mérite...

Aujourd'hui, comme elle aime me le demander parfois, elle m'a questionnée sur ce fameux jour où elle vint ajouter à notre monde sa douce et magnifique lumière.
Evidemment, le jour de son anniversaire, je n'allais pas la laisser en reste, bien au contraire. Alors je lui ai encore raconté...
Je lui ai raconté, ce matin lors du petit déjeuner, qu'"à cette heure-ci ma Nounette, ton papa et moi venions d'arriver à la maternité parce que quelques minutes avant, je l'avais réveillé en lui disant "oh ! oh ! Je crois bien que ça y est !! Le bébé veut pointer son nez !"" en mimant un gros éléphant se contorsionnant en gémissant. Rires de Nounette, sourires attendris de son papa... 
- Mais Ninou, vous avez dû l'amener vite chez Mamie, non ?, me demande-t-elle.
- Ben non, il y était déjà, il était partie la veille avec elle.
Ah Ah ! La petite crapouille ! Vérifie-t-elle la version ou a-t-elle oublié ? Je lui ai tellement raconté...

Un peu plus tard :
- Ah, tiens ! A cette heure-ci, je commençais à faire des "ouille-ouille-ouille !" et des "ouhlàlàlàlààààààà !" et broyant la main de ton papa !

Puis encore :
- Ah ! Là ma Nounette, tu vas naître dans 40 minutes ! Là, j'avais sérieusement mal ! J'avais hâte que tu sortes ! Pfffouuuuuuuuuu !
Gloussements nounettiens...
- Mais Mamaaaaan ! Je suis sortie, là ! Pour de vréééééééééé !

Et puis :
- Ca y est !! Tu es née ! Tu sais quoi ? On t'a posée sur mon ventre en on nous a demandé comment t'appeler. Ton papa et moi étions si émerveillés de te voir, te sentir et... qu'on a oublié de regarder !! Alors on a dit "ben... on n'a pas vu encore qui c'était !". La puéricultrice t'a soulevée et on a vu qui tu étais : une petite fée ! Alors on lui a dit quel prénom nous te donnions... "Eclat de soleil", comme cette lumière que tu mettais dans nos vies depuis que nous savions que tu nous avais choisis. Et après, je me rappelle, tu as vite trouvé mon sein, toute seule, sans qu'on t'aide !
Sourire d'aise, joues rosées, une Nounette comblée.

Et puis la suite, je ne lui ai pas racontée, et elle ne l'a pas demandée. Elle la connaît,  en partie. Elle sait qu'elle a perdu sa maman. Quelques instants.
Elle sait qu'un peu plus et elle ne l'aurait pas connue, cette maman tout à fait saugrenue.
Elle a dû sortir dans les bras de son papa pendant que d'un coup d'un seul, la salle d'accouchement se remplissait d'un nombre impressionnant de personnes en blouse blanche. Elle s'est mise à pleurer. Elle a entendu les mots de son papa, senti ses caresses, sa chaleur, alors elle a eu moins peur. Et puis surtout, elle a flairé sa peur à lui, l'a senti tout surpris. Non, lui non plus ne comprenait pas ce qui se passait. Alors elle s'est lovée contre lui et l'a rassuré à son tour. Et puis... trois interminables quart d'heures après, "ils" sont venus les chercher, "Elle" était sauvée.

Sa maman avait eu quelque chose de tellement rare que la plupart des sages-femmes et obstétriciens n'y ont pas affaire dans toute leur carrière. Et pourtant, ils ont assuré grave, les blouses blanches, ils l'ont ramenée d'un ailleurs où elle semblait partir sans peur.

- Et Ninou, au téléphone il a trouvé que j'étais une petite sœur !
- Eh oui, mon cœur, il avait deviné ! Et il est venu te faire des gros câlins dès le lendemain !
Joie et félicité, une Nounette ravie d'entendre encore une fois, sa naissance contée, tous ces câlins échangés, cet amour enchanté.

Et moi, 6 ans pile plus tard, je me suis encore demandé... 
Ce soir, un peu dans la joie, un peu dans la douleur, je m'interroge... "Et si... ?". Eh oui... Et si... Mais non. A quoi bon... La Vie et ses péripéties nous apportent tant de "si" qu'essayer d'y répondre est infini. Alors non, il n'y a pas de "et si.. ?". Parce qu'elle est là, et moi aussi. Parce qu'on s'aime, pour la vie, pour le temps qu'elle se poursuit.

A l'heure où j'écris ces lignes, cette petite Nounette est allongée près de moi, dans le bureau, endormie. Entendre son souffle paisible de petite fille de 6 ans ("Maman, je suis encore ton bébé, hein ! Même si j'ai 6 ans ! Je serai toujours ton bébé comme tu es le bébé de Mamie !"), oui, de petite fille qui connaît sa maman, c'est juste un enchantement.
Un peu étonnant, elle a pointé sa frimousse quelques minutes avant, parce qu'elle n'arrivait pas à dormir, et venait pour me faire un câlin, juste "comme ça", alors que j'écrivais "ça"... 

Ce qui résume bien notre belle histoire, à elle et moi.

samedi 12 décembre 2015

Mon anniversaire


Je fêtai pour la première fois mon anniversaire avec des amis pour mes 18 ans...  
C'était 6 mois après, mais cela compta pourtant.
Les invitations ne pleuvaient pas non plus,
Dans cette enfance où j'étais superflue.
Les amis étaient rares.
Ils restaient peu dans mon radar.
Je ne "les gardais" pas très longtemps.
Par manque d'authenticité, probablement.

dimanche 1 novembre 2015

J'ai tout fait


Une petite voix me parlait, mais je ne l'entendais.
Je faisais ce que je pouvais.
J'ai lu des trucs bien sur la CNV,
Alors je m'y suis formée.
La petite voix m'appelait...
Le bio s'est imposé à moi,
J'en ai fait mon dada.
La petite voix murmurait...
J'ai découvert l'analyse transactionnelle,
Pendant 5 ans, je m'y suis attelée, sensationnel !
La petite voix chuchotait...
Et hop, la méditation,
Quelle introversion !

La petite voix me pssssitait...
Je suis morte un instant, pas longtemps,
Ca m'a étonnée un moment.
La petite voix sussurait...
Le boulot m'a apporté des bobos,
J'en avais plein le dos.
La petite voix trépignait...
Et quand le cancer a déboulé,
Ca m'a déboussolée...
Et ma tête demandait :
"Mais comment cela a-t-il pu m'arriver ?
Mais pourtant, j'ai tout fait !"
Et la voix me parlait, et enfin, je l'écoutai.
Et petit à petit, j'ai su ce qu'elle disait.

Elle disait qu'elle m'aimait
Et aussi... "I
l était temps, j'étouffais !"

mardi 29 septembre 2015

Réflexions amusées d'une hospitalisée - la compil'



Suite de mes aventures oblige, (t'inquiète, je vais bien :D ) j'ai récemment fait un petit détour par la clinique. Une définition de l'hosto est en préparation, mais en attendant, voici quelques petites anecdotes : du bon, du cru, rien que du vécu !

16 septembre
Le monde hospitalier, un lieu hostile à l'intimité ?
Un petit sujet de thèse intéressant, ma foi...

18 septembre
Manger quelques jours à l'hosto comporte plein d'avantages :
- tu perds du poids sans efforts,
- tu sais que tu vas apprécier le resto d'entreprise en retournant au boulot, 
- tu te fais rapidement plein de fric en mettant en place un réseau clandestin de distribution de galettes de riz pour celles et ceux qui ne supportent pas la vie Koh Lantesque...

19 septembre
Un réveil à l'hosto, par Abra Cadaboob.
A 5:58 tapantes, la porte s'ouvre aussi brusquement que bruyamment sur 2 aides-soigantes qui s'engouffrent dans ma chambre.
- BONJOUR MADAAAAAME !!
- ... Rmf ?
- VOUS AVEZ BIEN DORMIIIII ? ON VIENT PRENDRE VOTRE TENSIOOOON !
- Arrrgl...
- AH BEN DIS DONC, VOUS AVEZ UNE TENSION DROL'MENT ELEVEE AU REVEIL !!
- ... 

Je suis en train d'élaborer un plan de sauvegarde arterielle. Cette nuit, je piège l'entrée de ma chambre...

20 septembre
"Je me heurte parfois à une telle incompréhension de la part de mes contemporains qu’un épouvantable doute m’étreint: suis-je bien de cette planète ? Et si oui, cela ne prouve-t-il pas qu’eux sont d’ailleurs ?"
Pierre Desproges
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Les péripéties d'une amazone reconvertie - par Abra Cadaboob.
Episode 26 : Empirisme raté
Hier : plateau de petit déjeuner déposé à 8h00 avec tentative de retrait à 8h13 avec un "Ah bon ? Vous n'avez pas terminé? "
Aujourd'hui : plateau déposé à 7h25 alors que je me suis pas encore remise du réveil de 5h20. Pas encore faim mais de peur de voir ma pitance s'envoler en pleine phase de sommeil paradoxal, absorption rapide et partielle du contenu du plateau.. qui est encore là, 1h30 plus tard...
******

Rêverie papillesque
Tu es si jolie, toi, la pulpeuse...
Je te vois bien assortie, si juteuse,
A ces feuilles tendres et craquantes,
Arrosée d'une pluie fine scintillante,
Du mariage fin et délicieux
D'émeraude et de nectar sirupeux !

Une simple envie de salade verte-tomate huile d'olive-balsamique NORMALE, à l'hosto, ça rend poète..
*****

- Toc
- ...
Porte de la chambre qui s'ouvre
- Madame Cadabraaaaa ?
- Euh, je suis dans la salle de bain ! Je m'habille !
Porte de la salle de bain qui s'ouvre...
- Comment allez-vous aujourd'hui ?
- Euh.. ben... un peu nue, quoi...
- Tant mieux, on peut mieux regarder le pansement, comme ça...
******

Quand tu rentres à l'hosto, tu sais que tu risques d'y laisser quelques bouts de toi, comme :
- de l'ADN,
- du sang,
- ton dentier,
- des cellules...
Par contre, tu le sais pas, mais tu risques d'y perdre aussi :
- ta patience,
- ton sens de l'humour,
- ta dignité.

21 septembre
Aujourd'hui, truc de ouf !!
On a frappé alors que j'étais aux toilettes (oui, même les magiciennes vont aux toilettes, c'est pour faire sortir des étoiles filantes de leur nombril...).
Une personne (infirmière ? aide-soignante ?) est entrée dans la chambre, et, n'y voyant personne et observant que la porte de la salle de bains était fermée, elle ne m'a pas appelée, n'a pas tenté de rentrer dans les toilettes, toussa... Non...
Elle est... RESSORTIE !! OUI !! RESSORTIE !!
Depuis une semaine, j'ai peut-être perdu une partie de ma dignité, mais pas encore toute trace d'espoir !
******

7è jour de détention pour Abra Cadabra
Après une semaine,le sujet ayant été scruté dans tous ses recoins et tous ses états, celle-ci ne comporte finalement aucun intérêt pour le milieu médical.
Elle n'aura même pas été capable de faire des complications simples, de type petit oedème ou encore surdose médicamenteuse. On dit qu'elle aurait même résisté à la nourriture sans déclencher d'intoxication alimentaire !
L'espèce serait donc humiliation-proof et non soluble dans les antalgiques.
La réintroduction dans son environnement naturel serait prévue pour demain, avec, comme terrain d'observation, le retour aux sources hostiles d'une tribu lécheuse de poire.
Les éthologues sont prêts.
******

- Et pourquoi vous enlevez l'aiguille, là ?
- Parce que. J'enlève l'aiguille.
- Ah... Et les Fémoinmalkançafémal 1 000 mg, vous me les donnez pas ? On m'a dit de les prendre impérativement à minuit...
- Non. Seulement si ça fait mal.
- Ben d'hab je les prends systématiquement parce que si j'attends, ça fait vraiment TRES mal...
- Non. Vous appellerez.
- Ah... Euh, OK. Et là, pour le drain, pourquoi vous notez 10 alors qu'il y a zéro ?
- Parce que.
- Ah... Ok...
Elle part puis revient :
- Finalement, je vous donne les Fémoinmalkançafémal, il faut impérativement les prendre à minuit.
- Ah OK, final...
- Et si vous avez besoin dans la nuit, n'hésitez pas.
- Euh, c'est gentil mais non, mer...
- Bonne nuit.

Grâce au fabuleux système des rotations d'équipe, cette nuit, je crois que je vais expérimenter le goulag...

22 septembre
Libérééééééééée ! Délivrééééééééééééée !
Je n'y mangerai plus jamaaaaaaaaaaais !
... Enfin, jusqu'à la prochaine fois

mardi 14 avril 2015

Nos besoins, quel bazar !


Un matin, j'étais au volant, ma Nounette à couettes bien installée sur le siège arrière, et je conduisais tranquillement en retour de nos courses salvatrices de miel, quand tout à coup, le téléphone sonna.
La sonnerie personnalisée me donnait l'indice de l'appelante et, voulant la rassurer car connaissant sa demande, je répondis... Certes, du bout des doigts, certes sans mettre le téléphone à l'oreille et en parlant fort avec le haut-parleur en marche, certes en raccrochant au bout de 10 secondes, mais... Je répondis !
Moi qui sais que c'est :
1- Pas autorisé
2- Dangereux
3- Pas autorisé PARCE QUE dangereux
4- N'importe quoi tellement ça a déjà fait plein d'accidents.
Et pourtant, en maman avertie, en femme responsable (et en tout ce que l'on veut de super magnifique pour désigner ma charmante personne), et en conductrice respectueuse des règles (ou presque), je REPONDIS !!
Je t'ai dit que j'ai répondu ? Oui ? Ah ok...

En répondant, déjà, je sentais d'avance la lanière de cuir me flageller l'épaule, et après avoir raccroché, non seulement je lâchai le reste du fouet sur mon dos, mais je me lançai dans une introspection flash-éclair pour comprendre les raisons de cet acte que je condamne.
La réponse m'est vite arrivée : parce que mon besoin de rassurer la personne qui m'appelait était plus important que mon besoin de sécurité pour moi et pour les autres.
QUOI ??? Mais n'importe quoi !! Comme si l'autre pouvait pas attendre 5mn que tu rappelles, ou 10mn que tu rentres ? Ben si pourtant.
J'aurais pu nous mettre en danger, ma Nounette et moi, j'aurais pu mettre d'autres personnes en danger, et moins grave, j'aurais pu abîmer ma voiture ou un bout de mobilier urbain... Et tout ça parce que je ne sais pas faire le tri dans mes besoins.

Allez, rentrons dans l'univers étrange et mystérieux de cette hiérarchie de besoins... Qu'est-ce qui a fait que je ne l'ai pas respecté, ce besoin de sécurité ? Qu'est-ce qui fait que j'ai fait passer devant lui un besoin qui concerne autrui, donc, à savoir, pas moi ? Eh bien les mêmes raisons qui font que je vais penser aux autres avant de penser à moi, animée par un autre besoin bien profond : celui de plaire, d'être appréciée, aimée.
Tiens, c'est pas déjà celui-là qui m'a fait dire OK à une soirée alors que j'étais crevée et que j'avais un fort besoin de repos ? C'est pas aussi celui-là qui m'a fait aller voir ce film avec bidule qui voulait absolument le voir alors que c'était un autre que je souhaitais voir ? Et c'est pas aussi celui-là qui me fait dire oui à encore plus de travail alors que je suis déjà à 200% de mes capacités ? Ben si... A chaque fois, si.
Mais alors, il compte tellement que les autres comptent pour du beurre ? Ils sont la pour de faux ? Pour faire joli ? Ben non... A chaque fois, non. 
Mais c'est tout comme parce que je laisse faire, parce que ma peur de ne pas plaire est la plus forte.
Mais pourquoi ? L'autre est-il plus important que moi ? C'est ça, en fait, c'est parce que moi je ne vaux pas autant ? Que nenni ! Je suis aussi importante que l'autre !
Et pourtant, je mets en retrait mes propres besoins, aussi importants soient-ils, pour lui plaire, au risque de me faire du mal, de me mettre dans le rouge, d''avoir un accident. C'est ballot, quand même....

Ah... alors n'est-il pas nécessaire que j'aille mettre un peu d'ordre dans tout ça ? N'est-il pas primordial que je classe mes besoins par rapport à MON bien-être ?
Ben si... Primordial et urgent, car si je ne le fais pas, personne ne le fera, et je continuerai à prendre des risques, sur la route, sur ma santé, sur mon humeur, sur mon amour. Ce serait ballot, encore, car finalement, la personne avec qui j'ai de grande chances de vivre le plus longtemps, c'est avec moi, non ? Alors autant que je l'apprécie et que je lui donne la place qu'elle mérite, à cette personne précieuse. J'aurai peut-être alors moins besoin de "plaire". Et je suis sûre que les autres comprendront. Peut-être même qu'ils en feront autant. C'est en tout cas tout ce que je leur souhaite...
 

mercredi 18 mars 2015

Le premier jour du reste de ma vie

Chère lectrice, cher lecteur, une fois n’est pas coutume, aujourd’hui je vais te parler de moi.

Pas de moi en indirect, pas de moi avec mes réflexions sorties du chapeau, pas de moi à travers mes coups de cœurs ou mes coups de folies. Non, là, je vais m’épancher impudiquement, me mettre à nu éhontément. Là, le sujet du jour, c’est moi.

« Mais pourquoi elle fait ça ? » te demanderas-tu… « Eh bien je ne sais pas. » te répondrai-je. Peut-être est-ce une phase nécessaire et obligée, un lieu incontournable par lequel je dois absolument passer pour aller là où la vie m’amène.  
Si tu es OK pour rester, installe-toi confortablement et respire profondément. Je vais te raconter une histoire, l’histoire de la vie qui me rappelle à l’ordre, qui me secoue gentiment par la manche et me dit « Eh oooooh ! On s’arrête deux minutes ! On fait une petite pause et on discute, tu veux bien ? ».

Mais juste avant de démarrer, je vais te raconter cette analogie que faisait cet homme qui avait beaucoup souffert dans la vie, et qui en était reconnaissant. Il disait que la souffrance dans la vie, c'est comme la main d'un ami qui vient te secouer dans ton sommeil pendant que ta maison brûle : elle te secoue un peu, et si tu ne te réveilles pas, elle secoue plus fort jusqu'à ce que tu te réveilles et que tu finisses par sortir de la maison au lieu de mourir dans les flammes... Intéressant, n'est-il pas ?

Allez, à moi, j'y vais.

Il y a quelques temps déjà, mon amie, ma tendre amie Marie, mon témoin de mariage, ma confidente et complice de bien de moments intimes passés ensemble, m’annonce lors d’un de ces coups de fils un peu éloignés que nous arrivons à maintenir depuis que nous n’habitons plus la même ville qu’elle est atteinte du cancer du sein, et que celui-ci semble être un de ceux qui ne laissent pas tranquille. Mon cœur se déchire, ma tête explose et tout commence ici.

Alors que Marie lutte et que je ne sais comment lui apporter mon soutien à distance, je sens poindre un léger signal. Ma vie, à ce moment-là, est partagée entre la famille, la maison, et un malaise grandissant du côté du travail. Le déséquilibre s’installe et c’est peu à peu toutes les sphères de ma vie qui sont touchées. Ma vie ? Tiens, parlons-en de celle-là ! Mais pourquoi n’est-elle alors pas plus simple ? Pourquoi tout n’est-il pas une longue promenade douce et printanière ? « Parce que tu as des choses à apprendre, ma fille, et que ces choses s’apprennent aussi en passant par des moments comme ceux-là » me dis-je. « Oué mais quand même ! Ca pourrait être un peu plus doux ! » me réponds-je… Et puis les allers-retours entre « mais pourquoi ? » et « c’est bien ainsi » se font plus fréquents.

L’annonce de deux autres cancers du sein, dans mon entourage, se fait entendre et le signal retentit de nouveau. Un peu lointain encore, il laisse encore la place au déni, au « Mais non, je psychote ! ». Et pourtant, je vois de plus en plus la petite lumière rouge clignotante quelque part dans mon être, j’entends la sirène lointaine de mon âme. Puis arrive ce jour où, après cette mammographie que j'ai demandée "juste pour vérifier", le médecin m’annonce que j’ai un « carcinome canalaire infiltrant » au sein droit. Je n’entends pas la suite, je ne comprends pas tout. Je lui demande de répéter sa dernière phrase que je n’ai pas réussi à déchiffrer. Elle me répète le diagnostic et me rassure : celui-là n’est pas si méchant, je devrais garder mon sein et pouvoir échapper à la chimiothérapie. Ma tête entend et s’interroge : « La quoi ? Mais on parle de moi, là ? » et en même temps, quelque part à l’intérieur de moi, une voix me dit : « Voilà, c’est là, maintenant tu le sais vraiment. A toi de jouer, je suis avec toi »…

Les examens s’enchaînent et le diagnostic se modifie : il y a plusieurs tumeurs, la mastectomie est finalement inévitable. Le temps suspend son vol. Mon corps va être modifié et tout ne tourne plus qu’autour de mon sein avant qu’il ne disparaisse. Accueillir la nouvelle, se préparer...
Et puis… l’incroyable se produit. Petit à petit, je SAIS que c’est le début d’une nouvelle vie. Je SENS que cette maladie est une alliée. Entourée d'amour par mon mari, mes enfants, ma maman, mes amis, ma famille, soutenue par la sympathie de mes collègues, je me sens même si légère que je suis presque euphorique à mon entrée à la clinique. Choyée par les infirmières, chouchoutée par les aides-soignantes, entourée de dessins de mes enfants dans ma chambre que j'ai soigneusement décorée, je ne crains rien, je suis invincible. Une fois l’opération effectuée, même mon nouvel aspect ne me fait pas redescendre de mon nuage. J’ai toujours cette certitude : j’ai rendez-vous avec mon âme.

Après cela, le retour à la maison, l’apprentissage de l’asymétrie, le retour du quotidien. Et si parfois je me dis que j’ai dû rêver, que rien de tout ça n’est arrivé, mon reflet dans le miroir me rappelle à la réalité. Tout se passe un peu bizarrement, un peu comme dans un monde parallèle. Ma certitude est toujours là mais l’énergie n’est plus la même. L’inconfort s’installe, la difficulté pointe son nez… Tout est comme avant, mais rien n’est comme avant. Et je réalise qu’en fait, le monde n’a pas changé. Moi si. Et cette nouvelle moi se retrouve toute confuse dans une vie qui ne veut plus de cette ancienne moi. Mon être profond se réveille et se révèle. Il tente la sortie de sa chrysalide, et comme toute éclosion, le processus est lent et laborieux, voire difficile et douloureux.

Et puis… la mort de Marie.
A la tristesse se mêle la culpabilité d’être en vie : moi j’ai survécu, pas elle. Moi j’ai la chance d’y échapper, pas elle. Moi je vais pouvoir voir mes enfants grandir, pas elle…
Douleur de l’injustice, épreuve de l’inéluctabilité…

Et puis, la « suite » arrive, j’échappe à la chimio mais pas à la radiothérapie qui cadence mes journées pendant ces cinq semaines interminables pendant lesquelles je me dis des «allez, dis-toi que c’est un mal pour un bien !» censés me faire positiver.

Ensuite, la fin vient signer le début, le début arrive à la fin. Après toute cette action, les examens, la chirurgie, la radio, le calme arrive, et avec lui, la vie reprend son cours…
- « Reprend », dis-tu ?
- Euh… oui, pourquoi ?
- Parce qu’elle n’a pas « repris », n’est-ce pas ?
- Oui… c’est vrai. En fait, elle ne s’est jamais arrêtée. »
Non, la vie ne s’est pas arrêtée. Elle a juste fait un petit détour. Elle a juste montré qu’il y avait d’autres chemins possibles, que continuer de la même façon n’était très probablement pas une bonne idée. Elle m'a secouée pour me dire que la maison était en flammes. Voilà, ce qu’elle a fait, la vie.

Et c’est là qu’est le début.
Parce que lorsque le médecin t’annonce la nouvelle de la maladie, il ne te dit pas que c’est un préambule. Il te dit qu’il va falloir être courageuse pour l’opération, qu’il va falloir être forte. Le mien m’a aussi assuré que je guérirais. Il avait raison pour tout ça, cela dit il a juste omis une petite chose. Il ne m’a pas dit qu’après tout ça, ce serait loin d’être fini. Il ne m’a pas dit que la vie d’après serait aussi tourmentée. Il ne m’a pas dit que la fatigue s’installerait et que je ne comprendrais pas pourquoi, moi qui suis « sauvée ». Il ne m’a pas dit que je ne me reconnaîtrais pas.
Je pense savoir pourquoi il ne m’a pas dit tout ça et ce n’est pas parce qu’il ne le sait pas. C’est parce qu’il sait que chaque chose vient à son heure, et qu’en parler avant que cela n’arrive peut déranger le cours des choses, faire peur. Il a donc bien fait.
Cela dit, je me retrouve maintenant à "gérer".
Gérer cette molécule dans mon corps, celle que je dois prendre tous les jours maintenant pendant 5 ans et qui rajoute à mon trouble, par ses effets secondaires.
Gérer la fatigue, les coups de blues, les coups de gueule, toutes ces variations dont je ne sais pas si elles sont provoquées par mon traitement ou par le "contre-coup"...
Gérer ce que provoque en moi ce nouveau décès provoqué par le cancer, celui d’une autre jeune maman de mon entourage dont le bébé ne se souviendra pas les sourires. Gérer cette culpabilité d'exister.

J'ai l'impression d'apprendre ou plutôt de réapprendre. Et tout comme l'enfant qui trébuche à ses premiers pas, l'apprentissage ne se fait pas sans heurts. Moi aussi je tombe, je me relève, je retombe... Parfois je tombe même si fort que j'ai du mal à me relever tout de suite, alors je reste un peu par terre, j'attends de refaire le plein d'énergie. Et à l'instar de l'enfant qui ne renonce pas à son autonomie, je me relève et je réessaie.

Et puis me relever est absolument indispensable parce que j'ai un truc à honorer, tu te rappelles ? J'ai rendez-vous avec mon âme, et je sais bien qu'un jour je vais être capable d'y aller.

Voilà, chère lectrice, cher lecteur. Mon histoire écrite se termine ici. Elle se poursuit dans mon présent, dans la vraie vie. Et d'ailleurs, je vais te souffler un petit truc à l'oreille : tu en fais partie.
Me voici écrivant mes humeurs, mes envies. Me voici jouant avec les mots, avec les tournures, avec les syntaxes, me faisant plaisir à lancer un sujet par-ci, un verbe par-là. Et même si je le fais avant tout pour moi, c'est probablement aussi parce que tu es là que j'écris tout ça. Et c'est très certainement comme ça que je vais y arriver, à être ma nouvelle moi.